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Après l’étude EXCOM : mesurer la valeur du commerce. Et maintenant ?

Pendant longtemps, le commerce a été principalement évalué à l’aune d’indicateurs économiques : chiffre d’affaires, taux de vacance, emplois créés, attractivité commerciale. Des outils utiles, mais partiels, qui ne disent pas tout ce que le commerce de proximité produit réellement dans la vie quotidienne des villes.

Le commerce de proximité ne se limite pas à une fonction uniquement marchande. Il participe directement à l’animation du quartier et, plus largement, à la qualité de vie de ses habitants. C’est de ce constat, largement partagé par les élus, les habitants et les professionnels du commerce, qu’est né le projet de recherche-action EXCOM.

La conférence de clôture du projet, organisée le 12 janvier 2026 à l’Hôtel de Ville de Paris, est revenue sur les enseignements de l’étude et a surtout ouvert des pistes pour repenser concrètement la valeur du commerce.
« Une fois la valeur révélée, que fait-on concrètement de cette connaissance ? », a interrogé en ouverture Emmanuelle Hoss, directrice générale de la SEM Paris Commerces.

Les apports du commerce de proximité à la vie urbaine

À partir d’une enquête qualitative puis d’une enquête quantitative menée auprès de plus de 500 commerçants dans plusieurs territoires (Paris, Rouen, Marseille, Saint-Ouen), l’étude EXCOM a mis en lumière 18 externalités positives, regroupées en six grandes catégories : lien social, solidarités, vie de quartier, santé et sécurité, environnement, espace public.

Les résultats montrent que les commerçants sont, au quotidien, des créateurs de lien, des relais de solidarité, des vigies de la rue, des acteurs de l’entretien urbain et de la transition écologique. Autant de rôles informels, assumés spontanément, sans reconnaissance institutionnelle ni traduction économique.

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Cette réalité de terrain a été particulièrement incarnée lors de la première table ronde. Pour Prisca Berroche, déléguée générale de l’association La Cloche, les commerces jouent un rôle de premier plan dans la solidarité locale. « Les commerçants ne deviennent pas des acteurs de solidarité parce qu’on le leur demande. Ils le sont déjà, parce qu’ils sont en première ligne, au contact direct des situations de précarité. »

Ces pratiques, souvent invisibles, participent pourtant directement au vivre-ensemble. Nathan Stern, directeur des études d’Altavia Shoppermind, a rappelé à ce titre que « le micro-commerce est un espace de relations avant d’être un espace de transaction. C’est là que réside une grande partie de sa valeur. »

En rendant visibles ces apports, l’étude EXCOM ne crée pas une nouvelle fonction du commerce : il révèle et documente une contribution déjà à l’œuvre, mais jusqu’ici largement absente des cadres d’analyse.

Mesurer n’est pas réduire : les limites assumées de la quantification

L’un des apports majeurs de la conférence a été de mettre en débat la quantification elle-même. « Quantifier, ce n’est pas prétendre à l’exhaustivité. Ce n’est pas non plus transformer la complexité du réel en un tableau de chiffres figé. » a insisté Samuel Goëta, co-fondateur de Datactivist.

Les échanges ont rappelé que toute mise en données repose sur des conventions, des choix méthodologiques, des hypothèses discutables et discutées.

Certaines externalités sont difficilement commensurables. D’autres peuvent produire des effets ambivalents selon les contextes. Une externalité positive pour un groupe peut être perçue différemment par un autre. « Les données sont indispensables, mais elles n’ont de sens que si elles sont interprétées. Sans lecture territoriale, on risque de passer à côté de l’essentiel. » a rappelé Verena Bourbia, géographe et consultante en urbanisme commercial. La vigilance des commerçants dans l’espace public, par exemple, ne se substitue pas aux politiques de sécurité, pas plus que le lien social ne remplace les services sociaux.

La conférence a également mis en garde contre une lecture trop gestionnaire de ces travaux, qui pourrait conduire à normaliser des pratiques relevant avant tout de l’engagement volontaire des commerçants, à invisibiliser les dimensions qualitatives de leur action, et à créer des injonctions paradoxales pour les commerçants.

Ces limites ne disqualifient pas la démarche EXCOM. Elles en constituent au contraire une condition de maturité. L’objectif n’est pas de figer la valeur du commerce, mais d’ouvrir un espace de discussion éclairé.

Le premier simulateur d’équivalences monétaires du commerce

Dans ce contexte, l’étude EXCOM a franchi une étape supplémentaire avec le développement d’un simulateur d’équivalences monétaires, permettant de traduire certaines actions non marchandes en équivalents de temps et en valeurs monétaires théoriques.

Diane Thierry, conceptrice du simulateur chez Datactivist, a rappelé l’esprit de cet outil. « Le simulateur ne donne pas un prix aux commerçants. Il permet de rendre comparables des réalités qui ne l’étaient pas jusque-là. »

A lire aussi : Le simulateur d’équivalence monétaires : la valeur du commerce de proximité enfin mesurée

L’enjeu n’est donc pas de figer une valeur, mais de fournir un support de discussion et d’aide à la décision. Pour Caroline Randelli-Granier, directrice d’Urbanis Aménagement, cette mise en données est particulièrement utile dans les projets urbains. « On ne peut plus penser l’aménagement uniquement en termes de coûts. Le commerce produit des effets sur l’immeuble, la rue et le quartier qu’il faut apprendre à prendre en compte. »

Du point de vue de l’action publique, ces outils ouvrent également de nouvelles perspectives. Cécile Terrié, responsable du pôle conseil et développement territorial de la SEM Paris Commerces, a souligné leur utilité concrète. « Ces données nous permettent d’objectiver ce que nous observions intuitivement, et d’éclairer des décisions très concrètes à l’échelle d’une rue ou d’un quartier. »

La conférence a toutefois mis en garde contre une lecture trop gestionnaire de ces travaux, qui pourrait conduire à normaliser des pratiques relevant avant tout de l’engagement volontaire des commerçants, à invisibiliser les dimensions qualitatives de leur action, et à créer des attentes contradictoires à leur égard.

Ces limites ne disqualifient pas la démarche EXCOM. Elles en constituent au contraire une condition de maturité.

Conclusion : EXCOM, un point de départ

La conférence du 12 janvier 2026 n’a pas clos le projet EXCOM. Elle en a marqué une étape décisive : le passage de la preuve à l’action.

« L’enjeu, ce n’est pas seulement d’internaliser les externalités dans des modèles, mais de les internaliser dans les décisions », a rappelé Joël Gombin, co-fondateur de Datactivist.

En révélant une valeur longtemps restée hors champ, EXCOM ouvre un espace de réflexion collective. Aux collectivités, aux acteurs économiques et aux citoyens de s’en saisir, de l’adapter et de l’enrichir.

Car la valeur du commerce de proximité ne se mesure pas seulement. Elle se reconnaît, se discute, et se construit dans le temps.

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