Utilisez des guillemets pour rechercher une expression exacte.

Utilisez des guillemets pour rechercher une expression exacte.

Interview de Prisca Berroche, Déléguée générale de l'association La Cloche

Déléguée générale de l'association La Cloche, Prisca Berroche œuvre au développement d’un réseau de commerces solidaires engagés contre l’exclusion des personnes sans domicile. À travers ce dispositif ancré dans les quartiers, elle mobilise commerçant·es et citoyen·nes autour d’actions concrètes et accessibles. Dans cet entretien, elle revient sur le rôle structurant des commerces de proximité dans la solidarité locale, les ressorts d’engagement du réseau et les dynamiques collectives qui permettent de recréer du lien social au quotidien.

 

 


Prisca Berroche, Déléguée générale de l'association La Cloche.

Quelle est la mission de l’association La Cloche et comment le réseau Carillon s’inscrit-il dans cette vision globale ?

La Cloche est une association nationale fondée en 2014, qui lutte contre l’exclusion sociale des personnes sans domicile en proposant à chacun et chacune de passer à l’action.

Le Carillon, programme historique de La Cloche, est un réseau de commerçant·es solidaires qui s’engagent à accueillir dignement, comme n’importe quel autre client·e, les personnes sans domicile au sein de leur commerce. Ils et elles s’engagent également à offrir des services (accès aux WC, impression de documents, stockage d’un sac) ou des produits (consommation d’un café, d’un plat, une coupe de cheveux, un livre, un billet de cinéma), prépayés par les consommateurs et consommatrices ou par le/la commerçant·e.

Proposer aux commerçant·es de s’engager auprès des personnes sans domicile, c’est leur redonner du pouvoir d’agir et leur permettre d’aligner leurs valeurs personnelles avec leur activité professionnelle, tout en répondant aux besoins concrets des personnes qui vivent chaque jour la précarité.

Les rencontres et échanges qui se déroulent chaque jour entre les commerçant·es et les personnes sans domicile contribuent à redonner confiance, en soi mais aussi en l’autre, et à montrer qu’une société dans laquelle tout le monde a sa place est possible et existe déjà.

Pourquoi avoir choisi de passer par les commerces de proximité ?

Les commerces de proximité sont des lieux de sociabilité par excellence ; pourtant, ils excluent souvent les personnes les plus précaires, qui peuvent y être mal accueillies, lorsqu’elles osent franchir la porte.

Le Carillon a été fondé après qu’un commerçant, voisin du fondateur de La Cloche, a proposé de passer à l’action à l’échelle de sa poissonnerie. De là est né le Carillon.

En quoi le commerce de proximité joue-t-il un rôle particulier dans la solidarité locale ?

Les commerces de proximité jouent un rôle fondamental dans la vie sociale d’un quartier, d’une commune. Dans ces commerces, des rencontres se nouent, des coups de main peuvent naître, et des petites annonces pour un service peuvent être déposées.

Ils sont des lieux de rencontre, de mixité et de partage. Ils sont très bien identifiés par les habitant·es avec domicile, mais également par les habitant·es sans domicile, qui assistent souvent à l’évolution du quartier.

Que change le fait d’agir à l’échelle du quartier ?

Le fait d’agir à l’échelle du quartier rend les choses possibles et facilite le passage à l’action.

Le Carillon permet aux voisin·es du quartier d’agir concrètement, dans un lieu qu’ils et elles connaissent et fréquentent, et de façon simple : pour les commerçant·es, il s’agit d’ouvrir leur commerce aux personnes sans domicile ; pour les consommateurs et consommatrices, il s’agit de pouvoir prépayer des consommations et de fréquenter volontairement ces commerces pour soutenir leur démarche inclusive.

Quels sont les retours des commerçants qui ont rejoint le réseau Carillon ?

Il y a un an, nous avons réalisé un diagnostic complet de notre réseau, presque 10 ans après sa création.

Les retours des commerçant·es sont unanimes et ont permis de mettre en lumière que ce format d’engagement, ainsi que l’accompagnement proposé par nos équipes bénévoles et salariées (formation à l’accueil des personnes sans domicile, meilleure compréhension de la grande précarité, etc.), correspondent à leurs attentes. Ils et elles étaient 69 % à se déclarer prêt·es à aller plus loin dans leur engagement avec La Cloche.

Commerçant 1 : « C'est une asso qui aide à mettre en relation les personnes à la rue, qui ont des besoins simples mais vitaux, avec un réseau de commerçants plutôt accueillants, qui tendent la main. »

Commerçant 2 : « Pour moi, le Carillon, c'est quelque chose que tout le monde devrait faire. C’est la base de pouvoir proposer, à hauteur de ses moyens techniques et personnels, un coup de main et de se tourner vers l’autre. »

Commerçant 3 : « C’est un réseau d'entraide et de mise en relation entre les acteurs de la ville et celles et ceux qui peuvent se sentir exclus de par leur situation financière, avec pour objectif de les inclure. »

Quelles sont leurs principales interrogations avant de s’engager ?

Les questions qui reviennent le plus souvent concernent principalement leur degré d'engagement et l’accompagnement que nous pouvons proposer :

  • quels services et produits peuvent-ils et elles offrirent ?
  • Comment accueillir les personnes sans domicile ?
  • Comment parler du carillon à la clientèle habituelle ?
  • Que faire et à qui m’adresser si je rencontre une difficulté quelconque ? 

Toutes ces questions sont abordées avec nos équipes en amont. L’engagement du commerce à l’issue de ces échanges est à la carte, selon la taille du commerce, les horaires d’ouverture, la taille de l’équipe. Nous offrons aux commerçant· es la possibilité d’embarquer dans le réseau sur la base d’un engagement léger et de diversifier progressivement les produits et services offerts une fois qu’ils et elles sont davantage rodé·es à l’exercice. 

Le dispositif inclut aussi la consommation solidaire via les produits en attente. Quel rôle jouent les clients dans cette dynamique ?

En effet, les consommateurs et consommatrices ont un rôle prépondérant dans cette solidarité de quartier.

D’une part, en soutenant la démarche des commerces Carillon en faisant le choix délibéré de les fréquenter. La carte de nos lieux Carillon est disponible sur notre site internet, et des pictogrammes reconnaissables sont collés sur les vitrines des commerces afin qu’ils soient facilement identifiables. Leur fréquentation est un soutien plus que symbolique pour les commerçant·es du réseau : elle témoigne de l’attractivité dont un lieu solidaire peut bénéficier auprès de la clientèle.

D’autre part, en prépayant des consommations pour que les personnes sans domicile puissent en bénéficier : un café, un plat, mais aussi une place de cinéma, de théâtre, une coupe de cheveux, une réparation de sac à dos, etc.

Ce sont aussi les consommateurs et consommatrices qui font vivre et perdurer le Carillon.

Les clients s’approprient-ils facilement ce dispositif ? Est-ce que cela change la perception de la solidarité ?

Oui, les commerçant·es proposent en général des modalités de paiement qui facilitent l’appropriation par la clientèle : une boîte à dons à la caisse, un arrondi via le terminal de paiement ou encore un QR code. Tout est fait pour faciliter le passage à l’action, et chaque centime compte.

Généralement, les commerçant·es affichent un tableau au-dessus du comptoir qui permet de suivre en direct le nombre de produits prépayés qui pourront être offerts aux personnes sans domicile. Cela rend concret chaque centime ou euro donné par les consommateurs et consommatrices.

Comment voyez-vous évoluer La Cloche dans les années à venir et quels leviers souhaitez-vous activer pour renforcer son impact social ?

La Cloche, dans un monde idéal, ne devrait pas exister : il ne devrait pas être nécessaire qu’une association rappelle l’importance du lien social entre toutes et tous, quelle que soit notre situation administrative, économique ou sociale.

Pour l’heure, nous continuerons d’agir partout où cela est nécessaire, d’autant que l’isolement social gagne du terrain dans notre pays, a fortiori chez les personnes en grande précarité.

Nous visons à essaimer encore davantage le Carillon sur le territoire hexagonal, à travers notre modèle de franchises sociales. Aujourd’hui, le Carillon est présent dans 43 villes et se compose de plus de 1 300 lieux. Il a vocation à s’étendre, en quantité bien sûr, mais aussi en qualité, afin que les produits et services proposés par les commerçant·es continuent de répondre aux besoins, de plus en plus variés et urgents, des personnes sans domicile.

Haute de la page